Chem'sex, l'amour en poudre
- 20 janv.
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Dernière mise à jour : 12 févr.
Qu’on se le dise, entre vous et moi : n’écoutez pas ceux qui vous répète encore et encore que l’addiction est un vilain défaut dont vous devriez vous débarrasser. Nous sommes tous addicts. Chacun de nos vices ont pour propriété de nous appartenir, nous leur obéissons comme autant de réflexes plaisants grâce auxquels nous pensons vivre, survivre, désirer. Le réflexe est humain. Une seconde cigarette allumée par plaisir, le goût exquis de la première gorgée de bière, l’intensité piquante d’une séance de sport, puis d’une autre, puis d’une autre jusqu’aux sensations délicieuses de l’amour provoquées par la 3MMC… Ne culpabilisons alors en rien l’usage des drogues récréatives comme outil à l’expression de nos pulsions les plus secrètes : non, explorons le cheminement de ces dernières, celles qui mettent en lumière les raisons réelles de votre comportement addictif. Car celui-ci n’est rien d’autre que le miroir de votre désir d’amour. Cet amour que vous espérez donner puis recevoir vraiment.

De l’usage illusoire des Chems Sex
Vous aimez. Bien sûr vous aimez. Il n’y a rien de plus agréable que cela, aimer follement, éperdument, un peu à contre-courant. L’amour puise sa force dans l’incongru, en cela qu’il n’y a pas de mauvaises manières de le rendre vivant. Depuis longtemps, l’alliance du sexe et de la drogue n’a rien d’étrange. Elle s’est implantée dans les communautés où la différence est au cœur de l’émancipation. Prenons la communauté homosexuelle, où la pratique des chems sex est devenue, au fil du temps, récurrente : je crois fermement en l’idée que les notions de rejet, d’abandon et de discrimination participent à son essor. Des personnes de la communauté LGBTQIA+, devant l’horreur de l’oppression, façonnent pour eux-mêmes une illusion d’amour et d’acceptation qui ne leur ont jamais été transmis par le monde et se recluent dans les drogues de synthèse pour lui échapper. Combien s’adonnent à des soirées chems sex, pendant parfois plus de 72 heures, 72 heures récréatives lors desquelles leurs nez ne se décollent pourtant pas de leurs téléphones portables, leurs corps anesthésiés de toutes sensations, sexuellement désinhibés et seulement soumis aux plaisirs psychiques ? Ils se mettent en quête, inlassablement d’un nouveau partenaire, comme si le spectre de l’inédit, encore et toujours plus d’inédit, leur était nécessaire. Où se trouve l’amour, dans ce cas précis ?
La bonne prise en charge de ce comportement et de ces pratiques, je le sais, doit prendre en compte la compréhension et la compassion pour plusieurs facteurs.
3MMC, la chimie de l’amour
Que se passe-t-il alors dans votre corps lorsque vous pratiquez le Chems sex ? Comme la méphédrone (plus communément appelée 4MMC), la 3MMC est un dérivé de la Cathinone, un alcaloïde du Khat, plante poussant principalement dans la corne de l’Afrique. Des études sur les souris ont montré que cette substance libérait quantité de sérotonine, de dopamine et de noradrénaline dans le cerveau. Or ces hormones que cette drogue active de manière artificielle ne sont pas anodines.
La sérotonine est initiatrice de l’état amoureux, c’est un neurotransmetteur, un signal chimique, hormonal, qui aide à relayer les signaux dans le cerveau. Elle est très active lors des premiers temps de l’amour, celle de la passion non consommée. Elle provoque chez vous un état obsessionnel, vous rend timide et inhibé, ou même maladroit, bien que vos pensées soient centrées sur l’être aimé.
Puis, la dopamine entre en jeu lorsque l’amour est vécu dans le corps par la sexualité. Elle prend alors la place de la sérotonine. Associée au dopage, cette substance devient naturellement addictive. Comme neurotransmetteur, elle permet aux neurones de se connecter entre eux. Cette hormone coupe l’appétit, rend nerveux, agité, hyperactif, tendu vers votre but et permet d’ordonner vivacité et concentration. Elle provoque chez vous l’excitation, le désir et pousse à en rechercher encore, comme un moteur à la motivation et à l’action. Dans le contexte amoureux, elle vous appelle à agir pour se rapprocher de la personne que vous aimez. Et plus les obstacles sont là, plus vous la ressentirez forte et présente.
Comment, alors, bien sûr, décoller le nez de votre portable ? Comment focaliser votre attention sur autre chose qu’une quête compulsive de celui ou celle qui pourra incarner, pour vous, l’objet du désir qui vous traverse ?
Le rail, le slam est en réalité le sujet artificiel de votre passion. De qui tombez-vous alors vraiment amoureux ? De la poudre ou de la personne qui est en face de vous ?
Pour vous aider à mieux comprendre l’addiction dont vous êtes victime, je vous propose alors de travailler ensemble sur les éléments déclencheurs de vos pulsions, et non sur les conséquences de votre addiction. Vos traumatismes. Vos blessures sur lesquelles vous vous êtes construits. Levons de concert ces barrières qui vous empêchent de vous voir réellement comme vous êtes, un être d’amour et de résolution. Mieux, levons ces barrières pour mieux comprendre qui vous êtes et parlons de la façon qui vous permettra d’intégrer plus concrètement votre histoire, vos souffrances et votre vécu. La drogue, en réalité, est une véritable porte d’entrée vers votre part inconsciente : car c’est en comprenant ces pulsions et leurs origines que vous serez à même de vous en défaire.
Mettons fin à cela. Notre dépréciation de soi, notre mise en danger physique et psychologique, nos peurs les plus profondes. Réengageons votre corps vers un apprentissage de votre plaisir, de vos sensations, physiques, sensuelles, sexuelles. Vous êtes un être d’amour et la probabilité de rencontrer votre écho augmentera à mesure que vous vous reconnecterez avec vous-même. Vivre l’amour, réellement, pour vous et auprès des autres, voilà l’idéal que je vous propose. Et les Chems Sex n’auront alors plus vocation à vous le faire oublier.