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La boulimie, ou la honte d’être femme

  • 20 janv.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 févr.

Parlons ensemble du désarroi pesant à planifier, chaque jour, le chemin du retour chez soi. Il fait bon se cacher, vivre dissimulée derrière d’amples vêtements cloisonnant le corps et ses limites. Il fait bon être hachée, découpée puisque suspendue au temps morcelé, les heures, les minutes passées à attendre l’opportunité de manger. La chance à se remplir. Pourquoi pas celle à se purger, par la suite. Avaler. Recracher. Recommencer.


Au-delà du doute et de la culpabilité se cache en réalité un comportement à déceler. La raison qui vous pousse à vous sentir vide ou pleine de ces émotions gourmandes en énergie et en dangers pour votre corps et votre psyché.


Pour expliquer cela : la société s’organise autour de l’idée coupable d’être femme, une idée que vous ne pouvez contrôler, accepter et que vous régurgitez par la force des choses.


La boulimie, ou la honte d'être femme

Boulimie et féminité, un lien étroit


90% des patients que je reçois pour des faits de boulimie sont des femmes. De ce constat simple, il serait temps de tirer une conclusion complexe : l’hostilité de notre société à votre égard vous rend la vie insurmontable. On parle ici de violence, d’hyper-violence, de toutes les informations relatives au danger qui vous guette constamment, en chaque endroit, et que vous recevez à chaque instant via le prisme des médias, via celui du cinéma, de la radio, de la télévision. Peut-être ce péril à être femme aujourd’hui l’avez-vous reçu en héritage des femmes d’hier, celles qui ont fait votre éducation, qui vous ont prévenues, interrogées, confrontées ? Il serait alors normal d’avoir développé la peur d’être femme. En réaction à ces informations inlassablement dangereuses relevant toujours de l’agression ou de l’oppression, votre corps s’adapte à l’environnement.


Mais là encore, la pression sociale qui vous est imposée, l’individualisme à outrance vous fait souffrir. Je suis moi-même troublé, constamment marqué par cette société médiatique comme culturelle qui ne renvoie aux femmes qu’un miroir déformant, une série d’injonctions qui impacte la tête, la posture, le corps dans son intégralité. Pourquoi vivre toujours avec l’obligation de ressembler à des modèles périmés ? Pourquoi ne pas revoir nos standards de normalité et enfin permettre aux femmes de tous physiques et de belles différences d’exprimer enfin qui elles sont, la façon dont elles se sont créées, dessinées ? Il n’y a aucun tabou. Ce que la société devrait vous dire, ce que je vous dis aujourd’hui, serait de vous allier avec ce corps qui vous appartient.


Choqué, je le suis encore lorsque je sais que 97% des personnes atteintes de boulimie croient que leur popularité et leur estime de soi sont en grande partie déterminées par le poids et la forme de leur corps.


Qui vous impose cette vision-là ?

Posons-nous ensemble cette question: la honte qui déclenche votre boulimie n’est-elle tout simplement pas une réponse inconsciente au poids des mots, des réflexions et des images auxquelles vous êtes confrontées chaque jour?



La boulimie comme comportement, comme échappatoire


« Je me sens vide. »

« Je garde trop de choses en moi. »

« Tout ce que je pense ne peut pas sortir. »


Combien de fois ai-je entendu ces phrases-là?

Voilà souvent les premiers sentiments que les consultants finissent par exprimer lorsqu’au bout de quelques séances, ils ‘’avouent’’ non pas être venus me voir pour un arrêt du tabac ou une gestion de l’anxiété, mais pour leur « problème ».


Ma méthode pour vous aider est simple: lorsque l’on aborde ce sujet, nous ne parlons pas de la mécanique d’ingestion et de digestions, mais d’un comportement.

Et il n’existe pas de comportement normal.


Ainsi donc, le premier pas, face à cette honte qui pèse sur votre comportement, c’est d’abord sortir de l’idée que nous ne sommes pas dans quelque chose d’anormal. Il s’agit d’une réponse construite par vos névroses, vos traumatismes. Ainsi, s'il s’agit d’une réponse, c’est qu’il y a une discussion en cours, qu’il y a un message. L’idée est d’arriver à la fin de la discussion.


Mon travail thérapeutique est alors de vous écouter, d’écouter la femme qui a bien sur des choses à dire, une situation à décrier, des sentiments à exulter!


Le patriarcat tient en ses mains tant de corps de femmes qui se retrouvent livrés à sa volonté.

Il est temps de dire stop à l’image complexe et complexée que vous avez de vous même pour la simple et bonne raison qu’on ne vous en laisse pas le choix.


Je vous offre le choix.

Le choix de lutter et de retrouver enfin votre place véritable au monde. Le choix de redéfinir votre place en tant que femme.

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